Son oncle l’a amené veiller un soir, et on a su tout de suite qu’il ne vivait plus ici.
Ce n’était pas seulement les habits. C’était la manière de s’asseoir, de ne pas regarder par la fenêtre quand quelqu’un passe, de parler de distances en heures et non en jours. Il avait pris l’habitude d’un endroit où les choses vont vite.
Il a décrit des rues éclairées toute la nuit. Des maisons collées les unes aux autres, avec de l’eau qui vient au robinet. Des salaires payés chaque semaine, en argent, sans attendre la récolte.
Personne n’a dit qu’il mentait, parce qu’il ne mentait pas.
Mon père a écouté poliment, puis il a parlé d’autre chose. Ma mère a posé deux ou trois questions précises — sur le prix du pain, sur l’hiver là-bas — et elle a eu ses réponses. Moi, je n’ai rien demandé.
J’ai compris ce soir-là qu’on pouvait vivre autrement, et que le savoir change quelque chose même quand on ne part pas.
Chicoutimi, vers 1900. La plus grande place que j’avais vue à ce moment-là.