On m’avait dit que mille Ave récités avant Noël obtenaient ce qu’on demandait.

Je les ai dits. Pas d’un coup : en trayant, en pétrissant, en ravaudant, la bouche fermée, à la file, sans compter tout haut pour que personne ne me demande pourquoi. Ma mère s’en est aperçue et n’a rien dit non plus. Il y a des choses qu’on laisse faire.

Je ne demandais pas grand-chose. Qu’un homme arrive au bout d’un chemin.

Je sais aujourd’hui ce que je pensais alors sans me le formuler : que la prière était une manière de faire quelque chose quand il n’y a rien à faire. Les hommes marchaient dans la neige et nous, nous comptions. Ce n’était pas absurde. C’était tout ce qu’il restait.

Quand la nouvelle est venue, je n’ai pas cessé de croire. J’ai seulement compris que ce n’était pas un marché — que mille Ave ne s’échangent pas contre une vie, et que ceux qui me l’avaient laissé croire ne mentaient pas, ils espéraient comme moi.

L’hiver a continué exactement de la même façon. C’est peut-être ce qu’il y a de plus dur à dire : rien n’a changé dehors.

Un presbytère du Lac-Saint-Jean, vers 1910.