Ils partaient tous en même temps, ou presque.
Esdras et Da’Bé d’abord, parce qu’ils étaient engagés depuis août. D’autres ensuite, au fil des nouvelles : un contremaître avait besoin de monde, un chemin s’ouvrait plus haut, quelqu’un connaissait quelqu’un. On ne savait pas exactement où ils allaient. On savait « en haut », « dans le bois », et c’était suffisant pour tout le monde sauf pour celles qui restaient.
La maison perdait deux hommes et gagnait leur ouvrage.
Ce n’était pas triste. C’est ce qu’il faut comprendre, et ce que je n’arrive pas toujours à faire comprendre : on ne pleurait pas des départs qui revenaient chaque année. On comptait. Tant de mois, tant de gages, tant de choses qu’on pourrait acheter au printemps. L’absence avait un prix et le prix était bon.
Le chagrin, quand il est venu, n’est pas venu d’un départ. Il est venu d’un retour qui n’a pas eu lieu.
La rivière Mistassini. Les hommes remontaient par là.
Le village de Mistassini, vers 1900.