J’ai dit oui à Eutrope Gagnon un jour ordinaire, sans que rien ne l’annonce.
On voudrait que ces choses-là arrivent à un moment qu’on puisse raconter. La vérité est que j’avais décidé plusieurs jours avant, sans m’en rendre compte, et que le oui n’a été que la dernière formalité d’une affaire déjà réglée quelque part en moi.
Je n’ai pas choisi contre Lorenzo. Je n’ai pas choisi contre les États, ni contre l’eau au robinet. J’ai choisi ce que je savais faire, dans un pays que je savais lire, auprès de gens dont je connaissais le silence.
Est-ce que c’était le bon choix ? Je ne sais pas. Je ne crois pas que la question soit bonne. Une vie ne se compare pas à celle qu’on n’a pas eue, parce que celle qu’on n’a pas eue reste toujours plus simple — elle n’a jamais eu à se tromper.
Ce que je peux dire, c’est que la terre a fini par être faite. Pas par moi seule, pas de mon vivant en entier. Mais elle a été faite.
Une maison de Péribonka photographiée vers 1930, que l’on a pris l’habitude d’appeler « la maison de Maria Chapdelaine ». Elle appartenait en réalité à la famille Bouchard.