Un rang ouvert près du lac. Le nôtre était plus haut, dans le bois.

Une souche, au milieu du carré brûlé.

Mon père a passé la chaîne. Edwige Légaré tire d’un côté, Esdras de l’autre, et la souche ne bouge pas. Elle a des racines qu’on ne voit pas, qui tiennent dans une terre qu’on ne connaît pas encore. On tire, on se repose, on recommence. Le cheval attend.

Légaré parle aux souches. Il les insulte comme on insulte quelqu’un qui vous a fait du tort personnellement, et il a raison à sa manière : elles lui prennent ses journées une par une.

Ce qu’il faut comprendre, et que je n’ai comprise que plus tard, c’est que « faire de la terre » n’est pas une image. La terre n’est pas là, à attendre qu’on la laboure. Elle est sous les arbres, sous les racines, sous les pierres, et il faut l’en sortir morceau par morceau, un été après l’autre, en sachant qu’on n’en verra pas la fin soi-même.

Le soir, le carré était plus grand d’un pas et demi.