Je me souviens du bruit avant de me souvenir du visage.
La messe finissait. On entendait les semelles sur le bois, ce raclement que font cinquante personnes qui se lèvent en même temps sans se presser. La neige tenait encore, en avril, sur la berge haute au-dessus de la rivière. Mon père parlait à un homme dont je ne voyais que le dos.
Puis la porte s’est ouverte, et j’ai reconnu quelqu’un que je n’avais pas vu depuis des années.
Je n’ai rien dit. À cet âge-là, on ne dit rien : on regarde ailleurs et on retient tout. J’ai su plus tard que mon père l’avait invité à dîner avant même que je comprenne qui il était. Les hommes décident vite de ces choses, et les filles apprennent après.
Ce que j’ai gardé de ce matin-là n’est pas une scène complète. C’est le froid sur les joues en sortant, la lumière trop blanche, et l’impression très nette — sans mots pour la dire — que l’année qui commençait ne ressemblerait pas aux autres.
La rivière Péribonka. L’église était sur la berge haute, à droite en sortant.