On bouchait.

De la mousse dans les fentes, des guenilles au bas des portes, un double châssis quand il y en avait un. Mon père passait la main le long des murs, à l’intérieur, à la recherche du filet d’air qu’on n’entend pas mais qu’on sent sur le poignet.

Ma mère montait les provisions. Elle comptait tout haut, non pour nous, pour elle : tant de poches de farine, tant de lard, les bleuets en pots, les patates dans le caveau. Elle recomptait deux jours plus tard et trouvait le même chiffre, et ça la rassurait de la même manière.

Alma-Rose trouvait que ça sentait bon. Elle avait raison. Une maison qu’on ferme pour l’hiver sent la mousse, la fumée et la graisse, et cette odeur-là veut dire qu’on est prêts.

Dehors, les arbres se dégarnissaient et on voyait plus loin qu’en été. C’est une chose étrange de l’automne : la maison se referme et le paysage s’ouvre.