Au Lac-Saint-Jean, au début du siècle, l’hiver n’était pas une saison plus froide : c’était un autre régime de vie, avec ses propres lois.
Les chemins d’été disparaissaient et d’autres les remplaçaient. On circulait sur les rivières gelées, qui devenaient les meilleures routes du pays — plus droites, plus plates et plus rapides que tout ce qu’on avait l’été. Une famille pouvait être plus proche de ses voisins en janvier qu’en juillet.
Le travail se déplaçait aussi. Les hommes montaient aux chantiers en octobre et redescendaient au printemps ; l’argent des gages arrivait d’un coup, une fois l’an, et il fallait que la terre tienne jusque-là. Ce qui restait à la maison — les femmes, les enfants, les vieux — assurait les bêtes, le bois, la neige à pelleter deux fois par jour.
Et il y avait le danger, qui n’était pas romantique. Un homme seul entre deux points pouvait se tromper de direction dans une poudrerie et ne plus retrouver ni l’un ni l’autre. Les récits de l’époque en portent la trace, et les registres de paroisse aussi.
C’est le contexte dans lequel il faut lire ce qui suit : non pas un décor, mais un ensemble de contraintes qui décidaient de ce qui était possible.
Les rapides de la Péribonka. L’hiver, la rivière devenait un chemin.